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"L'open innovation est morte, vive les organisations ouvertes !"

Albert Meige est directeur général et fondateur de Presans, qui accompagne les grands groupes dans leurs problématiques d'innovation en mobilisant un réseau mondial constitué de 6 millions d'experts. Egalement directeur de l'Executive MBA "Leading Innovation in a digital world" de Télécom Ecole de management, il a reçu le Prix de l'Innovation de l'Ecole Polytechnique en 2008. Ancien magicien, il est l'auteur de plusieurs livres sur l'innovation, dont "Innovation Intelligence" en 2015, basé sur une quarantaine d'entretiens avec les directeurs innovation, R&D, marketing, stratégie de grands groupes industriels dans divers secteurs. Ingénieur télécom, il est aussi titulaire d'un MBA d'HEC Paris et d'un doctorat de physique de l'Australian National University. Spécialiste de l'open innovation, il est également expert pour la Harvard Business Review France.
Albert Meige animera la masterclass "Changer l'innovation" le jeudi 8 décembre lors de Biznext Bordeaux, un événement organisé par La Tribune (le programme est ici). Comment nourrir l'innovation ? Quels sont les secrets des boss de l'innovation tels qu'Elon Musk ou Steve Jobs ? Y a-t-il un âge pour innover ? Qui pourra uberiser l'intelligence ? Les entrepreneurs peuvent-ils se construire une "machine à innover" ? Albert Meige répondra aux questions du public, accompagné d'un grand témoin, Xavier Litrico, directeur scientifique du Lyre, laboratoire de recherche de Suez Eau.

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Albert Meige, quelles sont les grandes tendances de l'innovation ?

"J'en distingue trois en particulier. Premièrement, une inflation de la connaissance mais aussi sa fragmentation, alors qu'elle est le fuel de l'innovation. Auparavant, cette connaissance était aux mains de gros acteurs, maintenant elle est détenue par une multitude d'autres acteurs de taille bien plus réduite. Nous pouvons aussi relever une accélération de la "comoditization", autrement dit, ce qui est une nouveauté aujourd'hui sera très vite demain une banalité. Et cette accélération touche tous les secteurs.
En conséquence, la notion de services se développe très fortement, notamment dans l'industrie. Michelin ne vend plus des pneus pour trains d'atterrissage, il vend des kilomètres d'atterrissage. Cela m'a frappé d'entendre un représentant d'Airbus m'expliquer que ce groupe vendra dans le futur non plus des avions mais une "expérience Airbus" avec des services pour les compagnies aériennes, pour les aéroports, pour les voyageurs. Ce qui compte au final, c'est de satisfaire l'usager. Mais ce n'est pas sans conséquences, notamment pour les entreprises qui sont condamnées à aller chercher des compétences éloignées de leur cœur de métier. Et puis, il faut bien sûr citer le digital, qui est à la fois poison et remède et qui bouscule tous les secteurs."

Lorsque l'on parle des grands innovateurs, les mêmes noms reviennent souvent : Steve Jobs chez Apple, Elon Musk chez Tesla et Solar City, etc. Comment les percevez-vous et que peut-on apprendre d'eux ?

"Pour avancer, on a souvent besoin de héros. Ce sont des gens très bien câblés mais qui ont aussi eu de la chance. D'autres, dans des contextes différents, étaient tout aussi brillants mais n'ont pas réussi ainsi. Dans un de mes livres j'ai cherché à étudier les virages stratégiques. On cite toujours l'exemple de l'iPod d'Apple mais plus près de nous, je trouve que celui de Parrot, en France, est excellent. Leader des kits mains-libres pour l'automobile, elle a pivoté pour devenir un leader des drones grand public. Ce virage, c'est une petite équipe en mode commando qui l'a lancé, pilotée par Henri Seydoux lui-même. Le fait qu'un CEO s'implique en direct dans ce type d'initiative, et qui plus est qu'il ait su aller chercher des compétences en dehors de son entreprise pour donner le jour à son projet, est assez rare pour être mentionné."

"L'avenir de l'innovation est aux organigrammes plats, aux équipes éphémères"

Henri Seydoux est aussi un passionné d'open innovation, ou innovation ouverte... Est-ce que ça marche, ou est-ce un mythe ?

"Je crois déjà qu'il ne faut pas résumer l'open innovation à un grand groupe qui travaille avec une startup, comme on le fait un peu trop souvent. J'en viens à dire : l'open innovation est morte, vive les organisations ouvertes ! Le rythme de l'innovation et de la banalisation est tel que l'ouverture de l'entreprise à des expertises externes n'en est qu'à ses débuts. De plus en plus de grands groupes disposent maintenant d'incubateurs de projets, d'accélérateurs de startups, ont des directions digitales... et certaines commencent à mettre en place de petites équipes chargées de prévoir le coup d'après et d'imaginer le business de demain.
L'avenir est aux organisations très différentes de ce que l'on a connu, cherchant au maximum l'agilité, avec des organigrammes très plats, des équipes éphémères, une notion interne / externe qui s'efface et une capacité à aller chercher des talents extérieurs en fonction des besoins. On se rapproche d'ailleurs du fonctionnement des entreprises libérées, qui est une lame de fond."

Vous dites que dans quelques années, on ne travaillera plus, on transfèrera ?

"Oui. En 2033, je ne travaille plus... je transfère. Recrutés à la carte selon les projets en fonction de leurs expertises, les travailleurs de demain enchaîneront les missions et les employeurs. Nous allons vers une uberisation du travail et il est vain d'essayer de l'empêcher. Plutôt que de monter des lois qui relèvent du clientélisme, on ferait mieux d'accompagner cette évolution."

La 2e édition de Biznext Bordeaux aura lieu le jeudi 8 décembre à partir de 17h30 au Centre de congrès de la Cité mondiale. Cet événement est dédié à l'économie de demain et donne la parole à de nombreux intervenants à travers des keynotes, masterclass... avant une remise de prix. Découvrez le programme ici et inscrivez-vous ici !

Source

objectifaquitaine

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